Alain Jonard

Alain est né le 25 février 1940 à Velennes, une petite cité fort sympathique de la Somme. Cadet d’une fratrie de 3 garçons, il habite un appartement paisible à Albert.

 

Au détour d’une promenade dans Albert, Alain, adolescent, s’arrête devant la vitrine d’un café dans lequel se trouve ….. un billard. Il revient régulièrement devant ce café avant d’oser franchir le pas de la porte pour mieux voir…

 

Alain commet ses premiers coups de billard dans ce café, celui des Lebrun, situé en face de la Poste, et prend sa 1ère licence en 1954, il a alors 14 ans. Son père, Marcel, est également adepte de ce jeu d’adresse. Il va lui accorder le droit de venir taper dans les billes après l’école, et de venir s’entraîner régulièrement. Il va se révéler tout de suite un très bon élève, gravissant un à un, voir 2 à 2 les échelons, pour parvenir rapidement en catégorie nationale. Les lebrun se prennent d’affection pour ce jeune joueur talentueux, il n’est d’ailleurs pas rare que Mr Lebrun l’emmène en voiture pour disputer une compétition dans une autre ville.

 

Il y côtoie le parrain du club, Roland Dufetelle, l’un des 2 meilleurs joueurs français à l’époque, qui lui donne de précieux conseils qu’il va assimiler très vite.

 

A l’époque, le billard est un sport qui se pratique uniquement dans les bars. Il y règne une ambiance particulière que l’on ne retrouve plus aujourd’hui : des heures d’attente pour pouvoir jouer une partie de billard, occupées, soit en jouant une partie de cartes entre amis, en buvant un verre ou comme plus tard chez les Dubois au Café de La Rotonde, en jouant une partie de ping-pong dans la salle d’à côté. Un sport d’ailleurs qu’Alain aimait pratiquer parallèlement au Billard, et pour lequel il jouera en compétition avec l’USOAA. Compétiteur dans l’âme, Alain est reconnu également dans ce sport comme un adversaire coriace, ne lâchant aucun point.

 

Il ne délaisse pas pour autant les études, Alain est un brillant élève qui obtient le baccalauréat et suit une formation pour devenir Maître d’Ecole, un métier qu’il exercera en grande partie à Bécordel et dans lequel sa compétence est reconnue. Les professeurs du Collège d’Albert savaient que lorsqu’un élève venait de l’école de Bécordel, les bases requises lui avaient été enseignées.

 

Il sera également Secrétaire de Mairie de ce petit village, et il aura eu le soutien permanent des Maires qui ont officié à Bécordel, notamment Léon Villain, avec qui il aura partagé de belles années de travail et d’amitié.

 

Sa progression au billard est stoppée net par le départ à l’armée, qu’il doit faire pendant la Guerre d’Algérie. Une période difficile pendant laquelle il doit se séparer de ses 2 amours : Colette, sa fiancée, et son billard….. Néanmoins, même éloigné des tapis verts, il imagine, dans sa tête, des points de billard et révise mentalement ses gammes tel un musicien.

 

A la fin de la guerre, il rentre sur Albert et va rattraper le temps perdu : en mai 1969, à Lille, il remporte son 1er titre de Champion de France à la bande 2ème catégorie nationale. Il récidivera 3 fois, pour monter à nouveau sur la plus haute marche du podium. Au total, Alain s’est qualifié pour 23 finales nationales, avec 4 titres à clé, et malgré cette riche expérience, ce palmarès, il ne parvient toujours pas à maîtriser son stress, lorsqu’il joue en compétition.

 

D’ailleurs, jusqu’à 40 ans, Alain était un grand fumeur, et enchaînait cigarette sur cigarette (en allumant la suivante avec la précédente qui se finissait) pendant ses matchs, pour être moins nerveux……

 

Il rattrape également le temps perdu avec Colette…. En lui offrant 4 fils : Hervé, Philippe, Frédéric et Olivier : une belle série qui aurait méritée d’avoir un accent un peu plus féminin pour Maman…. Car ces 4 enfants allaient naturellement se tourner vers le billard et devenir de farouches compétiteurs.

 

En 1976, Alain prend les rênes du club et devient Président du Rétro Albertin. A l’époque, il a …. 36 ans. Il n’imaginait sûrement pas que ce « règne » allait durer lui aussi 36 ans…. Et quel Président il a été ! Il a été très bien épaulé pendant toutes ses années, entouré à chaque saison d’une équipe dévouée et dynamique, certes…. Mais si le Rétro Albertin est arrivé à ce niveau actuel, l’un des tout meilleurs de France, c’est grâce à cet homme là. « Car chez ces gens là, on ne compte pas », comme dirait son idole Jacques Brel, on ne compte pas son temps passé au Rétro Albertin. Il devient omniprésent et surtout l’homme à tout faire du club. Des heures passées pour des demandes de subventions, des déplacements au Conseil Régional, au Conseil Général, à la Ville d’Albert pour trouver des fonds pour pouvoir faire évoluer son club.

 

Des amis présents lors de sa prise de pouvoir en 1976, il en reste peu au club : Michel Peset, Patrick Bellet, et surtout Yves Demetz qui l’accompagne depuis ses débuts qui aura été un supporter toujours présent pour Alain depuis ses tout premiers débuts.

 

Sous sa présidence, le Rétro Albertin, va organiser 11 finales nationales. Dans la salle rue Hurtu, au Gymnase Pierre et Marie Curie, à la Musardière, café situé en face du Monument aux Morts, dans la salle actuelle rue de Corbie, et au Théâtre du Jeu de Paume. C’est dans cette dernière salle que va se dérouler, comme Alain aime le dire, l’apothéose de ses années de Présidence : le championnat du Monde au cadre 71/2 en l’an 2000. Une compétition qui a fait salle comble et qui a enchanté les spectateurs présents, un souvenir inoubliable et très émouvant pour Alain.

 

En 2007, il obtient un nouveau titre de Champion de France, son 1er titre par équipes, avec 3 jeunes joueurs : Cédric Melnytschenko, Jean-François Pézeril et Olivier, son 4ème fils. Une grande fierté pour lui de remporter ce titre avec 3 champions Albertins qu’il a formés.

 

Car une autre casquette que possède Alain, c’est aussi celle de formateur : il va monter une école de Billard, qui est aujourd’hui labellisée par la Fédération Française de Billard, et qui a vu défiler nombre de champions de la Cité d’Ancre. Nicolas, Valéry, Hervé, Olivier, Frédéric, Jean-François, Cédric, Yohann, Matthieu, et tant d’autres champions qui lui doivent beaucoup. C’est un pédagogue hors pair, et aujourd’hui, ses élèves vont devenir les formateurs d’aujourd’hui : la boucle est bouclée.

 

Alain, c’est aussi la joie de vivre du Rétro. Quand il arrive dans la salle du Rétro, on l’entend venir de loin : toujours sifflotant , d’une bonne humeur inaltérable, les joueurs présents ont tous au moins dit une fois dans leur vie : « Ah ! vlà l’Président, le calme est fini ! ». C’est vrai qu’on  peut avoir l’impression que dans une salle de billard, l’ambiance est feutrée, silencieuse. C’est un peu le cas en compétition, mais à l’entraînement au Rétro Albertin, il règne toujours une ambiance conviviale, enjouée, à l’image du caractère d’Alain….

 

Il aime également donner de la voix en fredonnant des chansons qu’il aime. Il adore les chanteurs aux beaux textes tels Jacques Brel, Edith Piaf, Barbara, Serge Reggianni ou Maxime Le Forestier.

 

Membre de l’Office Municipal des Sports depuis de nombreuses années, il a toujours défendu les valeurs et les couleurs du sport Albertin avec honneur.

 

Aujourd’hui, il est très fier de l’évolution de son club et des joueurs qui ont mûri avec lui. Comme Valéry Callens, le 5ème Jonard comme certains le disent, l’ami d’enfance des 4 fils. le fils d’Aimé, son ami, qui l’a quelquefois accompagné dans certains de ces championnats. Et aujourd’hui, il est heureux de voir que Valéry devient cette année Président de la Ligue de Picardie de Billard.

 

La lignée des Jonard a d’ailleurs encore de beaux jours devant elle, avec Matthieu (18 ans) qui progresse chaque jour un peu plus et qui est parvenu à monter en catégorie nationale la saison passée, et à Raphaël (9 ans), qui a pris sa licence l’année passée et qui n’a pas hésité à défier le 1er Magistrat d’Albert lors de la rencontre amicale avec les élus Albertins il y a quelques mois.

 

Il est fier également que ce soit l’un de ses fils, Frédéric, qui l’aide à tourner cette belle page du club, fier de laisser entre ses mains un club sain financièrement, au plus haut niveau sportivement.

 

Le passage de témoin s’est fait avec beaucoup d’émotion, Alain en a perdu, comme souvent dans ses discours, un peu sa voix, ça fait partie de ce personnage attachant, méritant et respectueux. Il sait qu’il doit beaucoup également à son épouse, Colette, qui l’a accompagné pendant toutes ses années de billard, lui laissant énormément de temps pour s’entraîner et aller jouer en compétition. Il est « l’âme du club », une belle âme qui a encore beaucoup à lui donner, à apprendre à son successeur à prendre la bonne voie, tel un père à son fils,  pour devenir un semblant de ce qu ’il a pu être, une légende vivante du billard Albertin.



Les réactions

Avatar Etienne GUYON

J'ai ressenti une agréable émotion à l'évocation de la belle carrière de " Monsieur" ,  vocable que nous utilisions avec respect pour désigner notre maître d'école,  dans notre classe de Becordel. 
À l'age de l'université,  en m'initiant au billard avec un beau-frère,  j'ai retrouvé mon instituteur au rétro,  chez Jacky , et il m'a fallu du temps pour réussir à le tutoyer. 
Cinquante-cinq ans après,  je mesure tout ce que je lui dois , et tout ce qu'il a donné à tant d'autres,  au cours d'une belle vie d'honnête homme .
Longue vie à Alain et à ces belles valeurs qu'il n'a cessé de faire resplendir. 
E. GUYON

Le 03-04-2021 à 14:53:36

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